Publié sur LSPB le 15 août 2025

1. À quoi ressemble pour vous un été parfait au Pays Basque ?

Déjà, en vivant ici en permanence, notre été peut durer 12 mois. Avec ces fameux éventuels 25º en plein milieu de février, à faire oublier certains 17° début août ! Ou bien encore ces fêtes surprenantes, des rues noires de monde de 0h à minuit le 20 janvier pour la Saint Sébastien …

Bref pour moi l’été n’est ni climatique, ni festif, et je ne prends jamais de vacances. Mais comme nous habitons une destination touristique, j’ai toujours considéré cette saison comme une vaste ouverture à l’autre, et au partage. En été des amis apparaissent de toutes parts, mes enfants déboulent avec une kyrielle de nouvelles têtes, je suis content de voir de braves gens venir profiter de nos plages, paysages ou traditions, même si je les plains quand ils s’agglutinent tous au même endroit ! Mais chacun sur terre a droit au bonheur, et comme le chante le ténor, ici « on connaît d’avance, les joies du paradis ». Et l’été idéal, c’est fait pour les partager.

2. Quels sont vos premiers souvenirs liés à cette terre ?

Ce que je préfère, c’est le matin basque, la lumière insolente, les odeurs exhalées par la rosée, la piqûre des premiers rayons, adoucie par la fraîcheur et l’humidité de l’air qui caresse la peau, et l’angélus qui manque de dégonder les cloches de l’église, battant à toute volée … un souvenir de tous les sens, vue, odorat, toucher, ouïe, il ne manque plus que solliciter le goût !

3. Y a-t-il quelque chose d’autrefois qui a disparu et qui vous manque aujourd’hui ?

Oh je ne suis pas un furieux nostalgique, mais ce dont je regrette peu à peu la lente érosion, c’est notre côté « bon enfant », la douceur naturelle de ce pays. Autrefois, on pouvait vivre comme des millionnaires, même avec peu de moyens. Or désormais beaucoup de choses deviennent chères et se massifient, et chaque fête, session de surf, trajet en voiture, coucher de soleil ou ascension, peut attirer des foules compactes, ce qui tend les relations sociales. Avec en plus des démagogues qui tentent de surfer sur ces tensions en appuyant sur les clivages …

Douceur, ne nous quitte pas !

4. Quelle qualité propre aux Basques vous paraît la plus précieuse aujourd’hui ?

Mmh, au risque de me répéter, je dirais notre douceur et bienveillance naturelles. Elle sont fragiles et précieuses, car certains la prennent pour de l’innocence et tentent d’en abuser. Mais pour peu que l’interlocuteur vienne sans arrogance, fierté ou mépris, et pourquoi pas aussi avec une petite pointe d’humour, il sera merveilleusement considéré.

5. Quel est le village du Pays Basque auquel vous êtes le plus attaché ?

Sans nul doute Bidart, où je suis élu ! Mais pour être transparent, un Bidart élargi, qui irait d’Erromardie (Saint-Jean-de-Luz) à La Milady (Biarritz), en fait le cœur « rurbain » de la Côte basque, entre les deux zones urbaines denses, celles du BAB et de la baie de Luz. Un mélange de quartiers, de ruralité, de traditions basques et vie balnéaire, une économie active, la montagne qu’on voit en tous lieux, l’océan que l’on aperçoit souvent, le bassin de l’Uhabia, et finalement le périmètre de la paroisse Saint-Joseph-des-Falaises (Bidart-Guéthary-Acotz) !

Et puis, avec mes 20 ans à la tête TVPI (chaîne locale TNT), à enchaîner des milliers de reportages, et autant de moments à fureter en tous lieux, j’ai la chance de me sentir chez moi un peu partout, du BAB à Hendaye ou Mauléon, comme en Béarn, Landes ou Gipuzkoa.

6. Y a-t-il un endroit où vous aimez vous échapper, flâner ou vous perdre ici ?

Après avoir testé auto, vélo, moto, scooter ou cheval, ce que je préfère est la marche à pied. On se déplace à une allure idéale, sans les chocs de la course, on a toujours le matériel sur soi, et on peut prendre le temps de penser, regarder, découvrir, blaguer, s’oxygéner, rêvasser … et pour tous ces objectifs, plus le cardio, le côté pratique et le bokata du sommet, et autant d’aventures professionnelles, je fais partie de ces accros à La Rhune ! J’ai bien dû y monter plus de 1000 fois, presque chaque semaine depuis 25 ans …

7. Quelle figure basque, passée ou actuelle, vous inspire particulièrement ?

Autant nos cousins du Sud ont enfanté des personnalités de notoriété mondiale, comme Juan-Sebastián Elkano (second de Magellan, et premier navigateur à boucler un tour du monde), Saint Ignace de Loiola (fondateur de l’ordre des Jésuites), ou encore Luis Mariano (dernier succès planétaire avant le rock’n roll), autant je considère notre Pays basque de France, comme un petit peuple qui fait de grandes choses.

Et j’ai donc beaucoup d’admiration pour tous ces humbles acteurs, petits paysans, artisans, ou pêcheurs, pour ces bénévoles à la pelote, à la danse ou à la culture, pour ces entrepreneurs discrets, ces érudits ou militants, qui font ensemble notre beau pays, sans élite avérée ou homme providentiel.

8. Quel plat basque occupe une place spéciale dans votre cœur ?

Comme plat d’été, sans aucun doute l’omelette aux piments ! Avec ses piments doux lentement caramélisés, ses œufs qui tirent à l’ocre, un poil de sel (Salies ou Añana), la texture baveuse mais juste ce qu’il faut.

9. Le cuisinez-vous vous-même ou préférez-vous le savourer chez les autres ?

Assez piètre cuisinier de manière générale, je prends en revanche beaucoup de soin à cette mono-recette d’omelette. Déjà en plantant mes piments (et tomates) et en soignant mes poules !

10. Si vous deviez faire comprendre à un étranger ce qui rend le Pays Basque unique, que lui diriez-vous ?

Ne dis plus rien, regarde, écoute, et apprends !

11. Vous voyez-vous vivre ailleurs qu’ici ? Et si oui, où vous imagineriez-vous ?

J’ai eu la chance de grandir ici mais d’aller mûrir ailleurs, à Paris et de par le monde, où j’ai déjà passé un quart de mon existence. Mais maintenant ça y est, je ne veux plus bouger … si ce n’est pour deux ou trois sorties par an, Canaries, Amériques ou Afrique. Heureux d’y aller, ravi d’en rentrer !