Publié sur LSPB le 22 août 2025

C’est vieux comme les années 1930, quand on cherche un pouvoir, si possible le plus absolu possible, rien de mieux que d’agiter des peurs. Et de désigner des coupables, métèques de tous poils.

C’est d’époque : apeurer, accuser, abêtir et asservir, la fameuse recette des quatre « A » fonctionne à plein tube chez tous les autocrates, avec des droites qui accusent les plus pauvres de tous nos maux, tandis que les gauches fustigent les plus riches. Avec cette dramatique coïncidence que les boucs émissaires des deux camps ont chacun le teint hâlé et naviguent en Méditerranée. Sur des yachts ou des radeaux de fortune.

Or notre Pays basque, d’habitude si modéré et ouvert, semble curieusement rejoindre ce bégaiement de l’histoire, avec cette spécificité qu’on y agite des peurs particulières. Non pas l’insécurité ou l’immigration comme ailleurs, mais d’autres peurs très locales.

Ainsi chez nous, la moindre réforme ou mesure de bonne gestion est traitée « d’ultra-libérale », sans réaliser qu’en ânonnant l’expression, on menace autant notre prospérité, notre modèle social, que nos libertés.

Crise du logement, il est ici courant d’accabler de tous les maux nos nouveaux habitants, ou de plaindre notre exiguïté : or les chiffres du PLUi en cours d’examen en témoignent, avant la loi ZAN il y avait beaucoup de place pour loger beaucoup de monde, mais on a laissé filer, consciemment ou pas, des centaines d’hectares, qui auraient permis de loger des dizaines de milliers d’habitants. Et heureusement, il reste encore de la place.

Logement encore, on accuse couramment les locations saisonnières de tous les tracas, allant même jusqu’à les interdire, alors que le principe est vieux comme les congés payés, n’est que très peu rentable (sauf dans le centre de Biarritz où effectivement le problème est aigu), soutient de petits épargnants, et souvent ne fait qu’accompagner de nouveaux modes de vie.

Perte de surfaces agricoles, les Basques se feraient chiper leur terre nourricière : or au premier examen, on réalise que c’est parce que des paysans jettent l’éponge que notre agriculture a perdu près de 3000 hectares, et non pas à cause de bourgeois golfeur à pantalon rouge.

Gestion de l’eau, la sécheresse serait si proche qu’on nous a coupé les douches de plage. Alors que notre vert pays reçoit 1500 mm de pluie par an (et même 2000 mm en 2024), c’est à dire deux fois plus qu’à Paris, et trois fois plus qu’en Andalousie. Certes nous quittons peut-être une ère d’abondance, et il faudra probablement gérer l’eau potable différemment pendant l’été, quitte à quelques restrictions momentanées, mais si le Pays basque devait mourir de soif, très peu d’endroits resteraient vivables sur notre planète.

Et il ne faut pas être fin puisatier pour comprendre qu’il n’y a aucun lien hydrique entre une colline de Souraïde et une plage d’Anglet. Et se dire que nos plagistes se doucheront de toute façon chez eux une fois rentrés.

Mais alors, crises du logement, de l’agriculture ou de l’eau, qui donc agite ces peurs à l’envi, et préfère donc effrayer ou culpabiliser, plutôt que trouver des solutions ? Serait-ce par conviction, idéologie, ou bien encore par ambition ou intérêt ?

En faisant l’inventaire, on trouve des marchands de peur dans tout le spectre politique, gauche progressiste ou révolutionnaire, centre gestionnaire ou cumulard, droite traditionnelle ou revancharde. Ils abondent aussi dans toute la sphère administrative, services étatiques décentralisés ou agents des collectivités locales, agences nationales ou locales spécialisées …

Voilà une clé possible : et si toutes ces peurs étaient agitées par « l’appareil » local, cet ensemble d’élus professionnalisés, alliés à des salariés inamovibles, constituant ensemble une forme « d’état profond » notabiliaire sub-préfectoral ?

Ce pourrait être une ligne de partage claire lors des prochains scrutins : ni droite ni gauche, mais qui prône la confiance et engage au rassemblement, ou bien qui soulève les peurs et joue les clivages.

Notre démocratie, notre avenir et notre bonheur en dépendent !