Publié sur LSPB le 2 octobre 2026

Importante nouvelle pour notre démocratie locale lundi 21 septembre, avec l’annonce de la mise en examen, pour pollution des eaux de l’océan, de notre Communauté d’agglomération et de son principal délégataire pour le traitement des eaux usées, la société Suez. Suite à la plainte déposée en 2021 par des associations environnementales et de pêcheurs.

Bien entendu, il ne s’agit pas de se réjouir d’un aléas judiciaire, pour le moment simple mise en examen, et la présomption d’innocence demeure.

Cependant, les faits, tout le monde les soupçonnait : par temps de grosse pluie, ou de forte affluence, ou de dysfonctionnement d’une station d’épuration, la tentation a pu être grande de lâcher les eaux non-traitées en mer, en se disant que les poissons et les algues voraces en feraient bien un festin. Et tant pis pour les fermetures de plages, ou les baignades laissées cyniquement ouvertes après le passage de l’ARS.

Car en plus, ces émissaires en mer, chasses d’eau géantes chargées d’évacuer au large les troubles surplus, étaient même exigés par la loi, et les lâchers réglementés par la Préfecture, dans des arrêtés qui fixent volumes et conditions. 

Les responsables auraient juste abusé du système, sans grande originalité puisque nos voisins arcachonnais en sembleraient aussi coutumiers. Et depuis lors, de nombreux travaux ont été entrepris, et peut-être arrivons-nous au bout du tuyau (d’évacuation) ; mais au moins, grâce à cette plainte, la justice va faire son travail, même si l’instruction a déjà duré 5 ans.

En revanche, à très court terme, la grande gagnante est notre démocratie, notre Etat de droit.

La démocratie, ce n’est pas la « dictature du 51% », avec des élus qui font à peu près ce qu’ils veulent une fois un scrutin remporté (comme notre ami Donald). 

La démocratie et l’Etat de droit, ce sont des règles du jeu, des institutions, des débats et des contre-pouvoirs.

Toute organisation a besoin de contre-pouvoirs : par exemple, dans une entreprise, vous ne laissez pas la même personne vendre, facturer, et encaisser, vous essayez de séparer les fonctions.

Ou encore vous pratiquez l’alternance, la rotation des responsables, comme celle de nos préfets qui ne passent pas plus de deux ans dans le département. Chaque pouvoir équilibre l’autre, les nouveaux venus apportent leur pierre, et tout se passe au mieux. Au moins en principe !

En revanche, sur ce sujet crucial de la pollution océane par les rejets humains, on se trouve face à un « système notabiliaire », avec des acteurs identiques qui se côtoient et font la même chose depuis des années, sans contre-pouvoir. 

Le problème ne vient pas des personnes, mais de la perpétuation du système.

Côté privé, le même délégataire est parfois responsable depuis presque un siècle de la production d’eau potable, de son transport, de sa distribution, mais aussi du traitement des eaux usées, de leur évacuation, et même d’un système un peu échevelé de prédiction de la dispersion des polluants. Bien entendu, ce sont des professionnels mondialement reconnus, mais chez nous presque en monopole privé éternel !

Côté public, les mêmes élus ou services ont été chargés de la sélection du délégataire, de son contrôle, des choix d’investissement, mais aussi de la promotion touristique et de la décision d’ouverture des plages. Sans oublier que tout ce beau monde se retrouve dans les mêmes coquetèles, et tient l’information de main ferme, écourtant toute question par un arrogant « tout est sous contrôle on s’en occupe ».

Alors, où trouver un contre-pouvoir ?

Pas chez les élus minoritaires, vaguement consultés lors des appels d’offre, puis jamais plus.

Pas dans le mille-feuilles d’institutions locales, département, région ou agence, appelées pour cofinancer ou inaugurer, pas pour gérer.

Pas dans la presse locale, qui n’a qu’une très faible capacité d’investigation face à des milliers de sujets, mais reste précieuse quand il s’agit de révéler un dossier.

Et pas dans les services de l’Etat, outillés et dévoués, mais dont les dossiers finissent systématiquement sur le bureau du Préfet, avec parfois un traitement politique.

L’excellente nouvelle de ce lundi 21 septembre, c’est qu’un contre-pouvoir est apparu : celui des associations environnementales estant en justice, comme le CADE, la Sepanso, ou le Comité des pêches, dont la plainte de 2021 a été entendue et instruite par le pôle environnemental du Tribunal de Bayonne.

De sacrés cabochards, consciencieux lecteurs de statistiques, éplucheurs d’arrêtés préfectoraux, ou pêcheurs relevant leurs filets empesés de la pâte jaunâtre du liga, qui ont su enquêter, documenter, alerter, et finalement porter le dossier en justice.

Un contre-pouvoir citoyen et désintéressé, et notre démocratie peut respirer. Bravo !