Publié sur LSPB le 9 octobre 2026
Trois époques, trois lieux, trois regards sur notre jeunesse.
Comme beaucoup j’étais à Lourdes pour la visite papale, exactement à la procession aux flambeaux du dimanche soir. Impressionné de voir cette personnalité mondiale, entouré du gouvernement des cardinaux et évêques, défiler derrière la statue illuminée. Emu d’entendre les prières reprises en français, allemand, anglais, italien, espagnol ou égosillées en latin. Que l’on croie ou pas, le peuple du Christ rassemblé autour de la figure de sa sainte mère.
Et je pensais à la petite pyrénéenne Bernadette Soubirous, enfant pauvre, peu instruite, de parler gascon et de santé fragile. En 1858 à 14 ans, on l’envoie chercher du bois près de la grotte de Massabielle. Elle dit y voir « aquerò » ou « acquèra », ceci ou celle-là, ces apparitions se répètent à 18 reprises mais elle-seule les voit, une source jaillit, des miracles s’enchaînent et les pèlerins affluent, faisant de la bourgade bigourdane un haut-lieu mondial des pèlerinages catholiques.
Qu’on la croie ou pas, elle-même a cru, s’éteignant au couvent à l’âge de 35 ans.
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Quelques jours plus tôt, j’avais tenu à m’arrêter à Hendaye, pour les 90 ans de la « Bataille d’Irún ».
Rappelons que la guerre civile espagnole, partit d’un coup d’Etat de militaires conservateurs, contre la République progressiste. Quelques jours après les San Fermines de 1936, Franco lance sa sédition depuis le Maroc espagnol, tandis que le général Mola se soulève à Pampelune. Très vite, ses troupes descendent la Bidassoa vers Irún, dans l’objectif de couper la communication entre une vaste zone républicaine (Asturies, Cantabrie, Pays basque), et la France. Deux semaines de combats et bombardements entre août et septembre 1936, la ville détruite, et des milliers d’exilés.
90 ans après, peu de survivants de cette époque, mais des descendants devenus purs Hendayais, qui évoquent avec émotion les témoignages de leurs parents ou aïeuls. Sur des lieux devenus aussi banals que le Pont Saint-Jacques ou le Puente Avenida, que l’on franchit aujourd’hui avec pour seul frisson la différence de taxes sur le tabac ou l’essence, il y a 90 ans les enfants couraient, traînant de pauvres valises, la peur au ventre et les yeux pleins de larmes. Certains passèrent en bateau, d’autres n’arrivèrent ou ne repartirent jamais.
Ces enfants couraient-ils si vite, poussés par la peur ou tirés par l’espoir ? Probablement les deux.
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Enfin comme chacun, je regarde avec circonspection le feuilleton quotidien de la « révolte lycéenne », qui aura probablement encore prospéré le temps que ces lignes soient publiées, espérant bien qu’aucun drame ne se soit produit entre-temps.
Et je suis pris par une étrange sensation de vide absolu.
Vide absolu des revendications lycéennes, quand il y a deux siècles on vivotait à ramasser du bois, ou qu’au XXe on courait par échapper aux tirs, ce qui évidemment n’était pas mieux mais remet les choses en perspective.
Vide administratif des réponses du gouvernement, déjà pris à défaut dans sa gestion concrète au quotidien, mais terriblement incompétent tant le mouvement est gazeux et les demandes subjectives.
Vide d’empathie des récriminations entendues à droite, sur une jeunesse d’enfants gâtés, biberonnée aux réseaux sociaux et repas livrés devant canapé par un sans-papiers.
Vide idéologique des encouragements entendus à gauche, par des attiseurs de colère LFIstes, haranguant les foules benêtes par des slogans de supporters, au seul bénéfice de leur fantasme de grand soir.
Vide d’espoir 10 ans après qu’un jeune candidat ait promis la nouveauté, la performance et les talents de la jeunesse.
Vide même sur les motivations de la violence, dont les premiers auteurs arrêtés ne citent que des arguments de l’épaisseur d’un CD de jeu vidéo.
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Face au vide, rien de mieux que de consulter des oeuvres de genres mineurs, comme « L’envie » (1986), chanté par Johnny Hallyday sur des paroles de Jean-Jacques Goldmann, et dont voici le dernier couplet :
« Qu’on me donne l’envie
L’envie d’avoir envie
Qu’on rallume ma vie ».
Il y a 170 ans Bernadette avait envie de croire, et ce fut sa lumière.
Il y a 90 ans les enfants d’Irún voulaient vivre, et ce fut leur salut.
Aujourd’hui les lycéens mériteraient d’avoir envie.
Et donc le grand enjeu de la prochaine présidentielle, n’est pas d’accuser les supposés fauteurs de trouble, gras capitalistes ou maigres migrants. Il n’est pas de promettre des classes de SVT climatisées ou chauffées, ou des emplois et logements sociaux à vie après des triples masters en sociologie.
Il est de donner des perspectives à la jeunesse. Proposer des opportunités. Permettre à chacun d’écrire son avenir.
Redonner aux jeunes, l‘envie d’avoir envie.
